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Le télégramme du 25 avril 2016


 

Les bénévoles de Muco 29 ont récupéré de nouveaux maillots récemment.

Investie dans la lutte contre la maladie, l'association Muco 29 fêtera ses 30 ans, dimanche, à Plouescat. Durant ces trois décennies, elle a collecté 520.000 € au profit du laboratoire de recherches du professeur brestois Claude Férec. Les fonds proviennent de la vente de maillots de sportifs. Il y a quinze jours, elle s'est offert un beau cadeau en récupérant la tunique de la star parisienne Zlatan Ibrahimovic, mise aux enchères sur internet depuis hier soir.

« Ce qu'on vit avec eux, c'est exceptionnel ». Président de l'association Gaétan-Saleün, qui finance les projets du laboratoire de recherches dirigé, à Brest, par le professeur Férec, René Vigouroux ne tarit pas d'éloges en évoquant le travail des bénévoles de Muco 29. « On est impressionné par leur fidélité et leur enthousiasme. Il faut leur tirer un grand coup de chapeau ».

5.813 francs la première année

Le compliment est mérité. Car depuis 30 ans qu'elle se démène pour collecter des fonds destinés à la lutte contre la mucoviscidose, l'association basée à Plouescat affole les compteurs. « On en est à 520.000 € versés à la recherche », calcule Raymond Milin, 61 ans, à l'origine de « cette formidable aventure humaine », comme il l'a décrit. En 1986, alors vice-président de la Saint-Pierre Plouescat, le club de foot local, il monte un rassemblement de débutants en compagnie du secrétaire de l'époque, Jean-Yves Barnit. Avec, d'emblée, la volonté de consacrer une partie des bénéfices de la journée à la bonne cause. « Il y avait des jeunes souffrant de la muco hébergés en famille d'accueil sur Plouescat. C'est parti comme ça », raconte le co-président fondateur de l'association, qui se rappelle avoir signé un chèque de 5.813 francs (886 € environ) la première année. Depuis, le montant de l'aide apportée chaque année à Claude Férec est allé crescendo. « L'an passé, on a versé 68.000 € au laboratoire », indique Yannick Fouler, qui a pris le relais à la tête de Muco 29 il y a dix ans. « C'est un soutien extrêmement important. Ça nous permet de payer le salaire annuel de deux doctorants, ou celui d'un ingénieur de recherche équipé de tout son matériel », apprécie René Vigouroux.

« Je me suis dit : "Ouahhhh" »

Si la fête des débutants se perpétue chaque année le 1e r mai (lire par ailleurs), c'est la vente des maillots des footballeurs pros qui est devenue la principale ressource pécuniaire de l'association. « On a commencé par récupérer des fanions de clubs. Et puis, très vite, on est passé aux maillots en s'appuyant sur les clubs du coin et sur les joueurs bretons exilés, comme l'ancien Brestois Corentin Martins », explique Jean-Yves Barnit. Les tuniques font l'objet d'une tombola le jour du rassemblement des débutants. Et en 2005, Muco 29 a franchi un cap en les mettant en vente aux enchères sur internet (via le site eBay) par l'intermédiaire du Lannionnais Daniel Le Bihan. « J'étais très sceptique au départ, ne cache pas Raymond Milin. Mais les prix ont tout de suite flambé. Le premier maillot qu'on a proposé, celui de l'ancien joueur de Brest Cédric Elzéard, est parti pour 150 €. Je me suis dit : "Ouahhhh" ».

« Un travail de fourmi »

La récupération de maillots occupe aujourd'hui une bonne partie du temps libre des bénévoles, qui ont tissé un solide réseau. Avec des parrains et des ambassadeurs un peu partout (Christophe Jallet à Lyon, Romain Thomas à Angers, Christophe Lollichon à Chelsea...). Ce qui leur a permis d'accrocher de nombreuses stars à leur tableau de chasse (lire ci-dessous). Dont Zlatan Ibrahimovic, la vedette du Paris Saint-Germain (PSG). « On lui courait après depuis cinq ans », raconte Nicolas Bégat, vice-président de l'association, qui traque les clubs lorsqu'ils viennent jouer à Guingamp. « À chaque veille de match, je vais à leur hôtel pour faire connaître l'association au staff médical de l'équipe. Il faut prouver qu'on est sérieux. Avec les services de sécurité, ce n'est pas toujours facile d'approcher. C'est un travail de fourmi, sur plusieurs années ».

De la déception parfois de la jouissance souvent

Un travail qui a payé auprès du docteur du PSG, Éric Rolland, qui remet quatre à cinq maillots à chaque déplacement des Parisiens en Bretagne. « Avec d'autres, il y a parfois des déceptions. Quand on a l'accord le matin, et que c'est non le soir du match, ça fout les jetons. Revenir sur sa parole, c'est insupportable », dénonce Raymond Milin, qui préfère retenir les belles réussites : « Quand on en récupère un qui était compliqué à obtenir, c'est vraiment jouissif ».

23.000 € la collection de Loulou Floch

Benzema (maillot et chaussures), Ribery, Eto'o, Drogba... On ne compte plus les tuniques de stars du ballon rond qui ont été récupérées par Muco 29 pour être placées aux enchères. « Plus d'un millier », compte Raymond Milin, en précisant bien que toutes sont authentifiées avant d'être mises en vente. « On n'a jamais trompé personne », assure-t-il, en évoquant un cadeau tombé du ciel, en 2009. Cette année-là, le Saint-Politain Loulou Floch, ancien international passé par Rennes, Monaco, le PSG et Brest, avait fait don de sa collection à l'association plouescataise. Ses six maillots avaient atteint 23.000 €. Dont 4.501 € (le record !) rien que pour le maillot de l'équipe de France qu'il avait porté en 1970 contre la Belgique. Avec encore, sur la manche, le brassard noir en hommage au général de Gaulle décédé six jours plus tôt.

« Plutôt qu'il reste dans un placard... »

Une autre collection a été cédée à Muco 29, en 2012 : celle de l'ex-Auxerrois Olivier Kapo avec, notamment, des maillots de Gerrard et Ballack. L'association a également séduit d'autres sports. En récupérant, par exemple, le maillot jaune du cycliste Thomas Voeckler (vendu aux enchères à un Australien !), la tenue du rugbyman Sébastien Chabal ou encore les raquettes de tennis d'Amélie Mauresmo. Mais le foot demeure son fonds de commerce. Même si c'est plus compliqué avec certains clubs. Comme Lyon ou Marseille. « Via le Guingampais Christophe Kerbrat, on a tout de même obtenu le maillot de Mandanda », note Raymond Milin, heureux que Richard Honorine vienne d'offrir un de ses maillots vintage du FC Metz. « Autant qu'il serve à quelque chose plutôt que de rester dans un placard. S'il peut aider à récupérer des fonds, tant mieux », indique l'ex-défenseur passé par le Brest Armorique ou encore le Matra Racing dans les années 80.

Combien pour « Ibra » ?

Le maillot d'Ibrahimovic, aussi, va forcément rapporter de l'argent. Porté contre Nice le 2 avril, lors du succès parisien 4 à 1 (avec deux buts du Suédois), il a été récupéré, il y a quinze jours, à l'issue du match du PSG à Guingamp, tout comme celui de Matuidi, des Brésiliens Lucas et Marquinhos et du gardien, Trapp. La tunique de l'attaquant vedette a été mise aux enchères hier soir pour une durée d'une semaine. « Combien on va en tirer ? Difficile à dire », répond Raymond Milin, qui rêve, désormais, de décrocher le maillot d'une des stars du Barça, Messi, Neymar ou Suarez. « J'ai un contact qui s'active sur ce dossier », sourit-il.