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Le télégramme du samedi 18 août 2012


 

Salarié chez un sous-traitant du groupe Doux il y a encore deux ans, le milieu de terrain Christophe Kerbrat est, depuis le début de saison, l'un des maillons forts d'En Avant, qui affrontera Monaco, demain (14h). Portrait d'un chouchou sans chichi.

Une batterie de Ferrari dans chaque mollet, mais une modeste 407 garée sur le parking. Une décontraction hilare, malgré un nouveau statut de titulaire indiscutable. Un parler vrai, dans un monde où les discours s'éventent souvent à l'approche du premier journaliste. Tel est Christophe Kerbrat, ancien tennisman émérite désormais écumeur de ballons sur les pelouses de Ligue 2. Un ancien smicard qui, sur le tard, a touché du doigt le rêve de tous les gamins de la nation.

La chance

Christophe Kerbrat, c'est donc l'histoire d'un mec, comme disait l'autre. Installé, jadis, sur les rails d'un destin anonyme après un bac comptabilité, l'ancien de Plabennec puise désormais son succès dans un parcours qui a tous les attributs du romanesque. Une vie d'avant qui, dit-il, «m'a permis de me forger un mental et d'arriver là où j'en suis aujourd'hui. Mais je ne vois pas pourquoi je changerais de mentalité parce que je suis devenu professionnel. Je reste le même», expliquait-il mercredi, sous un ciel gris souris. Ses partenaires, aujourd'hui, vantent d'ailleurs sa simplicité autant que ses capacités, comme Grégory Cerdan, son camarade de chambre. «C'est le genre de joueur dont chaque groupe a besoin. Il ne fait pas de bruit et est d'humeur égale tous les jours. En plus, il sait d'où il vient et ce que c'est de bosser à l'usine. C'est une chance pour lui et pour nous. Et puis, bien sûr, c'est un très bon footballeur!»

L'exemple

Oui, l'un des chouchous du Roudourou est avant-tout un bon footballeur. Brillant récupérateur, Kerbrat déprime ses vis-à-vis, reniflant le ballon comme on traque le gibier. Avec, autour du cou, la médaille de la vaillance et du courage. «Il ne loupe jamais un entraînement!», signale Cerdan. Titulaire depuis le début de saison, le Guingampais flotte à la surface du bonheur et des louanges de son entraîneur, Jocelyn Gourvennec. «Il a un parcours atipyque, et cela fait du bien d'avoir un joueur comme ça. C'est un bel exemple pour les jeunes et les moins jeunes. En plus, je pense qu'il n'est encore qu'à 60% de ses capacités: il possède une grosse marge de progression, après une première année d'observation.» Acquiescement de l'intéressé: «L'an passé, j'ai observé, et cette année, je donne toujours le meilleur de moi-même.»

L'amour

Sinon, dans la vie, Christophe préfère le rock au rap et les comédies romantiques aux méchants films de gangsters. Sensible et bucolique, il couve toujours des yeux son Finistère natal, qu'il floqua sur son dos lors de son arrivée à Guingamp, comme un certain Yoann Gourcuff, vieille connaissance adolescente sur les courts de tennis. C'était dans une autre vie, quand il ne pensait «même pas devenir joueur de foot professionnel.» Depuis, Kerbrat a grandi, et montera même «sans complexe» à l'assaut du Rocher princier, demain. Après, il reprendra la RN12 pour retrouver Brest et sa chérie Alicia, le temps d'un week-end. «Notre rencontre est le meilleur souvenir de ma vie», confie-t-il, dans une belle sincérité. Avec elle, il se baladera sur les récifs de Landéda et Portsall, humant l'air iodé de la mer d'Iroise, et composant son avenir tel le romancier qui écrit au courant de sa plume: sans méditation ni but précis. Mais avec un joli rêve: «Que tout cela continue le plus longtemps possible.»

  • Pierre Bernard